Que font les Émirats arabes unis avec leur nouvelle politique en matière de chanvre – et qui dirige cette stratégie ?

La première mesure fédérale des Émirats arabes unis visant à légaliser le chanvre industriel se présente comme une tentative de créer un nouveau secteur d'intrants industriels réglementé – le chanvre pour les textiles, les matériaux de construction et les emballages – tout en limitant fortement les utilisations destinées aux consommateurs.

Mais un décret sur le chanvre récemment publié pose une question plus importante et non résolue : un marché de production de CBD destiné à l'exportation pourrait-il éventuellement prendre forme dans le nouveau cadre ?

Le décret autorise le chanvre industriel pour les secteurs non médicaux, notamment le textile, la construction, le papier et l'emballage, tout en maintenant des interdictions strictes sur l'usage récréatif et en interdisant le chanvre dans les aliments, les compléments alimentaires, les produits vétérinaires et les produits à fumer. Les utilisations cosmétiques sont également interdites, à l'exception des produits étroitement définis à base de graines ou de tiges de chanvre, toute autre exception étant laissée à la discrétion du Cabinet.

À première vue, les exclusions semblent fermer la porte au CBD et aux autres cannabinoïdes. Mais le décret autorise le chanvre pour les « produits médicaux légalement autorisés », bien que les cannabinoïdes de chanvre de qualité pharmaceutique ne soient pas disponibles pour les consommateurs en vertu de la loi des Émirats arabes unis. Toute ouverture pour les cannabinoïdes serait donc probablement orientée vers l’exportation.

Qui est derrière tout ça ?

Bien que les rapports publics n'aient pas identifié de sponsors politiques, d'investisseurs ou de groupes d'affaires spécifiques derrière le décret sur le chanvre des Émirats arabes unis, la structure du cadre suggère qu'il a émergé de priorités de planification économique internes plutôt que de lobbying externe.

L’accent mis sur les intrants industriels, la fabrication médicale et les chaînes de valeur orientées vers l’exportation correspond étroitement aux intérêts des régulateurs fédéraux, des développeurs industriels liés aux États et des autorités pharmaceutiques, plutôt qu’aux agriculteurs ou aux marques de consommation.

Dans ce contexte, le chanvre semble être traité moins comme une culture agricole que comme une matière première réglementée à intégrer dans les chaînes d'approvisionnement industrielles et médicales existantes, conformément au modèle descendant des Émirats arabes unis pour le développement de nouveaux secteurs économiques sensibles. Cette interprétation est inférentielle ; À ce jour, aucun ministère, fonctionnaire ou investisseur spécifique n’a été publiquement désigné comme défenseur de la loi.

Des réglementations strictes à tous les niveaux

La loi autorise la culture, mais uniquement sous un régime de licence strict. L'importation et l'exportation de graines de chanvre industriel nécessitent l'approbation du ministère du Changement climatique et de l'Environnement. Les candidats doivent être des entreprises agricoles agréées, les semences doivent provenir de variétés approuvées répertoriées dans les règlements exécutifs et la plantation est limitée aux parcelles autorisées situées dans des zones désignées approuvées par les autorités locales.

Ces zones doivent être clôturées, surveillées et isolées des zones résidentielles et autres zones agricoles. Les travailleurs doivent obtenir des autorisations de sécurité et la culture doit être conforme aux contrôles établis par l'Autorité nationale anti-narcotiques. Il est interdit aux producteurs d'utiliser des matériaux susceptibles de pousser le THC au-dessus de 0,3 %, des tests périodiques étant requis.

Ce cadre est clairement conçu pour un petit nombre d'opérateurs hautement supervisés, et non pour une large participation des agriculteurs ou des PME.

Le CBD peut-il convenir ?

Toute stratégie d’exportation de CBD dépendrait de la manière dont les régulateurs traitent les fleurs de chanvre, qui constituent la principale source de cannabinoïdes.

Encore une fois, le décret n’interdit pas explicitement la production de fleurs, mais l’accent mis sur la sécurité, les contrôles du THC et la surveillance des stupéfiants suggère que la culture à base de fleurs fera l’objet de la plus grande surveillance. Si les fleurs sont interprétées principalement à travers le prisme des stupéfiants, l’extraction du CBD peut être fonctionnellement bloquée. S’ils sont considérés comme des intrants pour une fabrication médicale autorisée, une production limitée pourrait être autorisée.

Cette distinction n’est pas encore résolue et la loi s’en remet délibérément aux futurs règlements exécutifs et décisions du Cabinet.

Vérification de la réalité

Même si l’exportation du CBD est théoriquement autorisée, les réalités agronomiques demeurent. La culture du chanvre aux Émirats arabes unis sera limitée par les conditions arides, les coûts d’irrigation et le stress thermique, limitant probablement la production aux saisons hivernales ou aux parcelles étroitement gérées.

Cette réalité s’éloigne de l’agriculture de biomasse à grande échelle et s’oriente vers des productions de grande valeur et de faible volume – un profil plus cohérent avec les intermédiaires pharmaceutiques qu’avec les cultures de fibres.

De ce point de vue, l’extraction du CBD pour l’exportation pourrait avoir plus de sens économique que la production locale de fibres, à condition que les régulateurs le permettent. La question de savoir si la CDB émergera dans le cadre de cette expérience dépendra moins du décret lui-même que de la rigueur et de la flexibilité de la rédaction de ses règlements d’application.