Le gouvernement national marocain a lancé une étude de 10 mois pour évaluer si le chanvre peut être utilisé dans l'alimentation animale, signalant une possible expansion des applications autorisées en aval dans le cadre réglementé du pays en matière de cannabis.
L'étude est menée par l'Agence nationale de régulation des activités liées au cannabis (ANRAC), qui supervise le cadre légal du cannabis dans le pays. Le mandat de l'agence couvre la culture et la transformation du cannabis autorisées à des fins médicales, cosmétiques et industrielles au niveau national.
Cadre réglementaire
Le système actuel du cannabis au Maroc découle de réformes adoptées en 2021 et mises en œuvre en 2022, qui ont légalisé le cannabis pour des usages non récréatifs spécifiques sous le contrôle de l'État. Le chanvre n’est pas réglementé par une loi autonome sur le chanvre industriel, mais est intégré dans le cadre plus large du cannabis, une structure qui a favorisé le cannabis médical par rapport aux utilisations industrielles et agricoles.
L’étude sur l’alimentation animale ne modifie pas cette structure juridique. Il s'agit uniquement d'une initiative de recherche, destinée à informer les régulateurs avant qu'une autorisation commerciale ne soit envisagée.
Focus sur le flux
Selon les autorités marocaines, l'objectif principal de l'étude est de développer une formulation alimentaire à base de chanvre pour les volailles. Les autorités examinent également si les aliments à base de chanvre pourraient servir d'alternative aux antibiotiques stimulant la croissance, une question d'importance commerciale pour les producteurs confrontés à des contrôles plus stricts sur l'utilisation des antibiotiques.
La farine de graines de chanvre, le sous-produit restant après l'extraction de l'huile pour les marchés alimentaires, est riche en protéines et en graisses. D'un point de vue commercial, les applications alimentaires pourraient améliorer l'économie de la transformation en créant de la valeur pour des matières qui sont autrement vendues avec de faibles marges ou traitées comme des déchets.
Limites commerciales
L’incertitude réglementaire reste la principale contrainte. Les autorités marocaines n'ont pas publié de propositions de seuils pour les résidus de THC dans les produits d'origine animale, ni clarifié la manière dont les approbations d'aliments pour animaux interagiraient avec les règles de sécurité alimentaire régissant la viande et les œufs.
Ces questions sans réponse reflètent les défis observés dans d’autres pays, où les inquiétudes concernant les traces de cannabinoïdes entrant dans la chaîne alimentaire ont ralenti l’adoption des aliments à base de chanvre, même lorsque les avantages nutritionnels sont reconnus.
Contexte historique
Le cannabis est cultivé au Maroc depuis des siècles, notamment dans la région du Rif. Il a été criminalisé après l'indépendance en 1956, avec une interdiction renforcée par une interdiction nationale des drogues en 1974. Malgré cela, le Maroc restait l'un des plus grands fournisseurs de cannabis au monde jusqu'en 2024.
Le cadre juridique actuel est conçu pour faire passer la culture vers des filières agréées et supervisées par l'État. La question de savoir si l'alimentation animale fera partie de ce système dépendra des résultats de l'étude et de la volonté des régulateurs d'établir des normes claires et applicables pour les résidus de cannabinoïdes.
Statut ailleurs
L’année dernière, la farine de graines de chanvre a levé les principaux obstacles réglementaires aux États-Unis concernant son utilisation dans l’alimentation des poules pondeuses. En 2024, l'Association of American Feed Control Officials (AAFCO) a adopté une définition formelle des ingrédients pour la farine de graines de chanvre destinée aux poules pondeuses, une étape qui permet aux États de commencer à autoriser sa vente et son utilisation comme source de protéines et de graisses dans des conditions définies.
Suite à cette inscription, au moins un État américain – le Minnesota – a approuvé la farine de graines de chanvre pour les poules pondeuses, la limitant à 20 % au maximum de l'alimentation des oiseaux en tant que source d'énergie et de nutriments et marquant l'une des premières autorisations commerciales d'aliments pour animaux.
Le statut réglementaire des matières dérivées du chanvre destinées à l’alimentation animale dans l’Union européenne n’est toujours pas résolu. Les acteurs de l’industrie ont plaidé en faveur de règles plus claires sur les ingrédients du chanvre dans le cadre de la législation européenne sur les aliments pour animaux, mais les voies d’autorisation formelles pour les résidus de transformation du chanvre et la farine de graines n’ont pas encore été établies dans l’ensemble du bloc.