Les dernières mesures prises par Washington concernant le CBD dérivé du chanvre montrent à quel point la politique américaine en matière de cannabinoïdes reste non résolue.
Ces dernières semaines, le gouvernement fédéral a pris des mesures qui vont dans des directions opposées, chacune reposant sur une hypothèse différente sur ce qu’est censé être le CBD.
D’une part, le Congrès a présenté un projet de loi bipartite appelé Hemp Enforcement, Modernization, and Protection Act (HEMP Act), qui assouplirait les restrictions sur les produits cannabinoïdes dérivés du chanvre, y compris les limites ultra-faibles de THC qui sont intégrées dans le récent langage des dépenses fédérales. Les législateurs décrivent cet effort comme comblant la « lacune du chanvre », visant principalement les produits enivrants, mais rédigé de manière à protéger le marché plus large du CBD.
Dans un autre sens, l’administration a lancé l’idée que certains produits CBD non intoxicants dérivés du chanvre pourraient être remboursés par Medicare. Ce signal place le CBD plus près du système médical que du marché de détail où il opère actuellement.
Désalignement
La couverture Medicare suppose qu'un produit répond aux normes médicales de base. Cela inclut une formulation cohérente, un dosage défini, des contrôles de fabrication applicables et des seuils de sécurité clairs. Ces éléments ne sont pas facultatifs ; ils constituent le fondement de tout marché thérapeutique remboursable.
Aucune de ces bases n’existe aujourd’hui pour le CBD dérivé du chanvre au niveau fédéral. Non pas parce qu’il ne peut pas être créé, mais parce que les régulateurs ont évité de décider ce qu’est légalement le CBD.
Pendant des années, la Food and Drug Administration a déclaré que le CBD ne pouvait pas être vendu comme complément alimentaire ou ajouté aux aliments, car il avait d’abord été étudié en tant que médicament. Dans le même temps, l’agence a refusé de créer une voie alternative pratique. Le résultat est un marché national du CBD fonctionnant à grande échelle sans normes fédérales uniformes, façonné par l’incertitude plutôt que par des règles claires.
Risques pour les producteurs
Dans ce contexte, la décision du Congrès d'imposer un plafond absolu de THC, qui entrerait en vigueur en novembre 2026, pourrait obliger les producteurs à se débarrasser de leurs produits, à entreprendre des mesures correctives coûteuses ou à diluer le CBD à des niveaux qui compromettent l'efficacité. Ces mesures augmentent les coûts et compriment les petits producteurs, réduisant ainsi le marché légal.
Aujourd’hui, le CBD est largement disponible en vente libre sur un marché de consommation compétitif et basé sur l’argent liquide. La participation de Medicare modifierait cette structure. Lorsque le remboursement par des tiers entre sur des marchés auparavant régis par le paiement direct du consommateur, le comportement en matière de tarification change souvent. Les prix catalogue augmentent, les coûts de conformité augmentent et l’accès est déterminé par les règles et le contrôle plutôt que par la simple disponibilité.
On ne sait pas non plus quel problème la couverture Medicare est censée résoudre. Les seniors ont déjà accès aux produits CBD, largement disponibles sans ordonnance. L'implication de Medicare simplifie rarement l'accès et introduit souvent de nouveaux niveaux de réglementation.
Toujours à la recherche
Le problème le plus profond n’est pas de savoir si le CBD a un potentiel thérapeutique. Il s’agit de savoir si la politique fédérale peut aller au-delà de la contradiction et décider de la manière dont les cannabinoïdes dérivés du chanvre doivent être régis.
Traiter le CBD comme un médicament à des fins de remboursement tout en renforçant les restrictions qui nuisent à la production licite n’est pas une stratégie cohérente. C’est un autre signe que Washington n’a toujours pas répondu à la question la plus fondamentale au centre du débat sur la CDB.