Dr. Ernesto Valenzuela est maître de conférences en économie agricole à l’Université de La Trobe. Son travail soutient le développement régional, l'agriculture et les industries durables, traduisant la recherche en informations pratiques pour l'industrie et les politiques, avec un fort accent sur la construction de chaînes d'approvisionnement résilientes pour les secteurs émergents tels que le chanvre industriel.
HempToday : Quelle est la place du chanvre industriel dans le programme de recherche plus large du LISAF, et qu'est-ce qui a attiré l'institut dans ce secteur émergent ?
Ernesto Valenzuela: Le chanvre industriel s'inscrit dans le programme d'innovation agricole de LISAF en tant que culture émergente et polyvalente dotée d'un fort potentiel de durabilité. Les travaux du LISAF sur le chanvre reflètent l'intérêt de l'industrie à un stade précoce et la nécessité d'une recherche fondée sur des preuves pour évaluer les performances agronomiques, la viabilité de la chaîne de valeur et les opportunités de développement régional avant une adoption commerciale à grande échelle.
HT : Le béton de chanvre retient l’attention à l’échelle mondiale. Qu’est-ce qui rend le béton de chanvre à base de panneaux particulièrement pertinent pour la volonté de l’Australie d’opter pour des matériaux de construction à plus faible émission de carbone ?
VE: De mon point de vue, les panneaux de chanvre sont prometteurs car ils combinent une très faible teneur en carbone incorporé avec une forte isolation, une résistance au feu et une régulation de l'humidité. Ils conviennent à la préfabrication, réduisent les émissions sur site et utilisent des intrants d'origine végétale qui peuvent être cultivés au niveau régional en Australie, soutenant ainsi les emplois ruraux tout en aidant le secteur de la construction à relever les défis à long terme en matière de climat et de logement.
HT : Lorsque vous examinez l’ensemble de la chaîne de production, où se trouvent actuellement les plus gros goulots d’étranglement qui nécessitent des investissements avant de pouvoir évoluer ?
VE: D'après notre travail, les lacunes les plus urgentes sont la décortication et la standardisation de la qualité. Un traitement fiable et à bonne échelle est essentiel pour garantir une qualité constante des matériaux destinés à la fabrication. Sans cette infrastructure, la préfabrication ne peut pas évoluer efficacement. Des investissements ciblés dans les infrastructures de transformation et le contrôle qualité débloqueraient l’innovation en aval dans les panneaux, les usines et la construction dans toute l’Australie.
HT : Le coût reste l’une des principales préoccupations soulevées par les parties prenantes. Quelles mesures pratiques pourraient permettre aux panneaux de chanvre de devenir plus compétitifs par rapport aux matériaux traditionnels ?
VE: La compétitivité des coûts ne viendra pas d’un seul levier. La normalisation peut réduire les risques et la sur-ingénierie. La mise à l'échelle réduit les coûts unitaires grâce à l'apprentissage et au débit, et les pôles régionaux réduisent les coûts de transport et de coordination en reliant les producteurs, les transformateurs et les usines de panneaux. Ensemble, ces étapes font passer le béton de chanvre d'un produit sur mesure à un système de construction reproductible avec des coûts prévisibles.
HT : À court terme, dans quel domaine pensez-vous que les panneaux de chanvre sont les plus susceptibles de gagner du terrain en premier dans le paysage australien du logement et de la construction ?
VE: Le potentiel d'adoption précoce le plus important réside dans les logements modulaires sociaux et abordables, où la performance tout au long de la vie compte autant que le coût initial. La résistance au feu, le confort thermique et la durabilité du béton de chanvre s'alignent bien avec les marchés publics, les objectifs de durabilité et la livraison préfabriquée. Les constructions résilientes aux feux de brousse arrivent juste derrière, en particulier dans les zones régionales confrontées à un risque climatique croissant.
HT : Les approbations et les codes de construction peuvent être lents à s’adapter. Quels types de progrès en matière de réglementation ou de certification feraient la plus grande différence pour une adoption plus large ?
VE: Le plus grand accélérateur serait des voies basées sur les performances reconnues au niveau national qui permettraient aux panneaux de chanvre de démontrer leur conformité sans approbations sur mesure. Des directives claires sur les tests d'incendie, d'intégration structurelle et de durabilité, ainsi que des options jugées satisfaisantes pour les systèmes de panneaux standard, réduiraient l'incertitude pour les constructeurs et les certificateurs. Aligner les interprétations des États et soutenir des projets pilotes par le biais de marchés publics normaliserait davantage le béton de chanvre dans le cadre du code du bâtiment australien.