ENTRETIEN: Bernard Thomson est directeur général de l'Australian Hemp Council, où il travaille à la construction de chaînes de valeur de chanvre solides et à la promotion de normes de culture et de transformation durables dans toute l'Australie. Il est entré dans le secteur du chanvre industriel en 2017 après une rencontre fortuite avec des producteurs de chanvre sur un marché de producteurs qui l'a conduit à s'impliquer dans la South Australian Hemp Association, dont il a ensuite rejoint le comité exécutif en tant que trésorier. Thomson est également trésorier et membre du conseil d'administration d'Economic Reform Australia, Rethinking Economics Australia et Public Money Australia, et a fondé philosophe-of-freedom.au, une plateforme basée sur le travail de Rudolf Steiner.
HempToday : Y a-t-il quelque chose qui vous a surpris dans le nouveau rapport sur le chanvre en Australie et en Nouvelle-Zélande ?
Bernard Thomson: Pas vraiment, car j'essaie de garder un œil sur les développements et d'écouter les rapports au fur et à mesure qu'ils circulent. Cependant, le rapport a mis davantage l'accent sur la nécessité de concevoir et de financer des infrastructures de pôles ainsi que sur le risque inhérent à une installation de transformation dépendant d'un volume et d'une qualité constants d'une récolte agricole. Par conséquent, l’emplacement des pôles devra également identifier leur profil de risque climatique, de sécheresse, d’inondation, etc. J’ai trouvé que l’examen d’informations que je connais déjà dans une certaine mesure est un stimulant pour gagner en clarté et découvrir de nouvelles questions.
HT : Le rapport met en avant un fort potentiel de croissance, notamment dans les matériaux de construction et la fibre. Selon vous, quelles sont les principales opportunités pour le chanvre australien au cours des trois à cinq prochaines années ?
BT : Je vois un certain nombre d'initiatives où la planification est devenue plus mature et plus complète. Le potentiel du marché n'est plus suffisant et la conception de produits répondant aux demandes réelles du marché progresse. Dans le même temps, le marché doit également se développer, ce qui présente certains risques pour ceux qui s'y lancent tôt. C’est là que le soutien du gouvernement ou des conseils locaux peut faire une différence significative. Je pense que nous avons dépassé le modèle du héros d’entreprise et que le partage des risques tout au long de la chaîne de valeur crée une base plus solide pour le succès.
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HT : Le rapport signale la fragmentation réglementaire et la faible capacité de traitement comme des contraintes majeures. Quels changements de politique ou d’infrastructure accéléreraient le plus le développement de l’industrie ?
BT : Il est clair que la reconnaissance par le secteur public de la contribution que peut apporter le chanvre industriel sera une grande aubaine. Cela inclut sa contribution à l’industrie rurale, à l’agriculture plus largement en tant que culture de rotation, mais aussi à la séquestration du carbone et à l’assainissement des sols contaminés. Cette reconnaissance peut s’accompagner d’un soutien pratique sous forme de financement pour la recherche, la technologie et le développement des marchés.
HT : Les goulots d’étranglement liés à la transformation restent le principal obstacle pour les producteurs. Dans quelle mesure une évolution vers des centres de traitement répartis au niveau régional est-elle réaliste ?
BT : Comme je l'ai suggéré ci-dessus, les pôles régionaux sont essentiels à la viabilité économique avec des produits en vrac comme la fibre et la fibre. Ils doivent également être situés avec un bon accès aux infrastructures de fret pour accéder au marché, et dans des régions où les risques environnementaux, notamment de sécheresse ou de conditions météorologiques extrêmes, sont gérables.
HT : Les matériaux de construction à base de chanvre semblent être l'un des domaines de demande les plus prometteurs. Quelles normes ou paramètres politiques sont nécessaires pour débloquer ce marché à grande échelle ?
BT : Une meilleure connaissance du potentiel des produits à base de fibres et de fibres dans le secteur de la construction serait un bon début. Ces produits doivent répondre aux normes de spécifications reconnues par l’industrie. De plus, une politique publique ciblant l’empreinte carbone dans le secteur de la construction peut rehausser considérablement la visibilité des produits à base de chanvre. La plupart des émissions de carbone du secteur de la construction (environ 18 % des émissions totales en Australie) sont associées au carbone incorporé.
HT : Comment conciliez-vous l’objectif de construire des chaînes d’approvisionnement nationales solides en chanvre avec l’intérêt croissant pour l’exportation de produits à base de chanvre brut ou semi-transformé ?
BT : Je pense que nous devons répondre aux conditions et opportunités immédiates, mais toujours garder à l’esprit que la vente de produits sur les marchés locaux réduit le coût du fret (et les émissions). Les coûts de transport n’améliorent pas le produit lui-même. Dans le même temps, nous ne pouvons pas simplement reproduire la technologie de fabrication partout. Nous devons donc nous spécialiser dans certains domaines, ce qui signifie déplacer les produits.
La plupart des pays vantent les vertus des exportations, mais à mon avis, il n'est guère logique que des produits similaires se transitent en haute mer à destination des ports de chacun.
HT : Vous avez mis l’accent sur la gestion de l’environnement et les modèles économiques communautaires. Comment ces valeurs façonnent-elles vos priorités pour le développement du chanvre au-delà de la croissance commerciale ?
BT : Je considère le chanvre comme étant très prometteur, mais il ne perd pas si facilement sa valeur. Outre les avantages environnementaux, je crois qu’une approche coopérative est essentielle, car elle est bonne pour la communauté et bonne pour le bien-être humain. L’intérêt personnel doit être équilibré avec les préoccupations sociales et j’aime prêter attention aux relations uniques qui sous-tendent les efforts réussis. L’intérêt pour l’autre est le fondement de l’établissement de relations solides, essentielles dans une industrie où nous devons apprendre ensemble et partager les risques.
HT : Concernant votre intérêt pour la philosophie holistique de Rudolf Steiner, comment cette vision du monde influence-t-elle votre réflexion sur les structures industrielles décentralisées ou les modèles coopératifs dans le chanvre ?
BT : Steiner est surtout connu pour sa contribution à l'éducation, à l'agriculture et à la médecine. Mais il a également abordé les questions sociales et économiques directement après la calamité de la Première Guerre mondiale et l’échec prévisible du Traité de Versailles. Sa contribution particulière à la pensée économique et sociale est décrite dans le livre « Le triple ordre social » qui met en évidence trois principes fonctionnels qui doivent être reflétés dans les trois sphères de la société – la culture (liberté), l’État (égalité) et l’économie (fraternité). Il précise clairement que notre bien-être économique commun dépend directement de notre capacité à travailler en coopération par le biais d'associations. Le principe égoïste qui sous-tend l’idéologie actuelle du libre marché va à l’encontre d’une approche coopérative qui produit inefficacité et gaspillage.
HT : Alors que le chanvre devient de plus en plus courant, comment l’industrie peut-elle protéger la transparence, les avantages pour la communauté et l’intégrité environnementale tout en continuant à évoluer ?
BT : À mon avis, il n’y a rien de positif en soi à simplement grossir. Cependant, une plus grande présence sur le marché permet de réaliser des économies d'échelle et également des opportunités d'impact plus important. Il est cependant important que les valeurs environnementales et sociales ne soient pas compromises par la promesse d’expansion économique.
Je dirais qu’en général, les bons modèles ont la meilleure influence, les prescriptions et les réglementations ne peuvent que freiner les comportements indésirables. Si vous avez une vision globalement positive de la nature humaine, vous devez la garder à l’esprit.
HT : Dans 10 à 15 ans, quelle est votre vision idéale du paysage du chanvre en Australie – sur les plans environnemental, économique et social ?
BT : Je crois que l'industrie du chanvre peut nous éduquer aux bonnes pratiques agricoles, à la sensibilisation à l'environnement et à la responsabilité sociale. J’aimerais que cela devienne un élément durable de son développement futur.
HT : Quelle est selon vous votre principale contribution à l’industrie du chanvre industriel ?
BT : N'étant ni un producteur, ni un transformateur, ni un expert de l'industrie, je considère mon rôle comme un catalyseur ou un facilitateur, fournissant un soutien administratif organisationnel, du réseautage et posant des questions.